D comme... dentifrice



D comme... dentifrice


par Suzy Le Helley



D comme Dentifrice... mais aussi « pâte à dents », « poudre » ou « savon dentifrice » autrefois.


Son ancêtre a été inventé en Égypte, autour du quatrième siècle avant J.-C. Il s’agissait à l’époque d’un mélange de sel, poivre, feuilles de menthe et fleurs séchées. Mélangées à de l’eau, ces poudres formaient une pâte qui s’appliquait à l’aide d’un roseau (l’ancêtre de notre brosse à dents). Les Grecs et les Romains ont repris la recette en l’améliorant, en utilisant des ingrédients plus abrasifs pour l’efficacité, comme une combinaison audacieuse de cendres et d'argile, mais également des saveurs pour couvrir l’odeur. Déjà des tendances olfactives ?

Au dix-huitième et dix-neuvième siècles, le dentifrice était encore sous forme de poudre à la saveur plutôt épicée.

Sa recette contenait :

  • 1 dose de girofle en poudre

  • ½ gros de tartre

  • ½ gros d’alun calciné

  • ½ gros de cochenille en poudre

  • 1 once de sucre

Et pour frotter, on ne s’arme pas encore d’une brosse à dents mais d’un doigt trempé dans le vin !

Encore plus original, on retrouve dans la composition d’anciennes poudres dentifrices des coquilles d’œufs ou d’escargots, des cornes de cerfs broyées, des os de sèches…


Telles des formules de parfums, je retrouve dans un ancien guide du parfumeur (1) une formule de dentifrice astringent végétal :

  • Esprit de vin : 1,13 litre

  • Racine de ratanhia : 56 grammes

  • Larme de myrrhe : 56 grammes

  • Clou de girofle : 56 grammes

Il est recommandé de laisser macérer la préparation pendant quinze jours, comme on peut retrouver en parfumerie pour que le parfum s’arrondisse, s’harmonise.

L’esprit de vin peut être remplacé par de l’eau de Cologne, ce qui améliore d’un côté le parfum et son efficacité mais augmente son coût de l’autre.

Alors, envie de tenter un bain de bouche à l’Eau Sauvage ce soir ?



En 1826, les frères Gellé, Jean-Baptiste et Augustin, héritent des formules de Jean-Louis Fargeon, parfumeur français de la cour et de Marie-Antoinette, et ouvrent leur propre boutique à Paris.

En 1878, ils fabriquent leur premier dentifrice dont les affiches publicitaires deviendront célèbres grâce à leur présence sur les hauts murs des immeubles Haussmanniens.



En 1896, la marque américaine Colgate & Company produit le premier tube de dentifrice souple, qui remplace progressivement la poudre. Le brossage des dents prend son essor et devient une habitude quotidienne grâce à la Seconde Guerre mondiale puisqu’il est obligatoire pour les militaires américains.

Depuis, les campagnes publicitaires ont perduré. En 2018, les Français auraient acheté, en moyenne, 4,4 tubes de dentifrice par an et par personne, soit 189 millions ! En parlant de publicité, l’échange entre notre Mac Lesggy national et Charlotte Dumézy pour la marque Oral-B n’était pas que du cinéma, Madame Dumézy travaillait bien en recherche et développement chez Procter & Gamble !



Côté parfum, il y en a aujourd’hui pour tous les goûts : à la menthe poivrée, menthe crépue, cannelle, anis, wintergreen, fraise, abricot, citron, orange, noix de coco, abricot, fenouil, vanille… et pour les plus curieux au bacon !

Derniers petits conseils : en plus de prendre soin de vos gencives et de vos dents, notre dentifrice peut aussi redonner l’éclat à vos touches de piano, nettoyer vos feux de voitures ou vos joints noircis, enlever des tâches sur vos vêtements… et pour les plus chanceux, c’est un excellent moyen de polir votre diamant ! Il n’y a plus qu’à choisir le parfum adéquat !



Susy Le Helley, junior parfumeur



1 - Dr A.-B. LUNEL, Guide pratique du parfumeur : dictionnaire raisonné des cosmétiques et parfums, Paris, J. Hetzel et Cie, 1870, p. 232.

© 2018 - Le Journal d'un anosmique

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