Pyramide synesthésique de « Entre deux », Projet ISIPCA 2013-2015




Trois notes, trois œuvres :

Pyramide synesthésique de « Entre Deux », Projet ISIPCA 2014-2015

Chaque année, les masters formulation et évaluation sensorielle (arôme, cosmétique et parfumerie) de l’ISIPCA s’organisent en micro-entreprise et proposent de véritables innovations sensorielles.

Cette année, c’est une expérience toute particulière qui nous est proposée par les élèves de la promotion 2013-2015 : un projet main dans la main avec La Fabrique (École des métiers de la mode et de la création).

Réunis sous le nom « Entre deux », les étudiants des deux écoles proposeront un défilé textile et sensoriel autour de trois produits (un aromatique, un cosmétique et un parfumé).

Le Journal d’un Anosmique a pu découvrir en avant première l’univers imaginé par Entre Deux et en voici une interprétation personnelle de la rédaction du Journal sous forme de nos pyramides synesthésiques.


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Classiquement, l’évolution d’un parfum se divise en trois temps :


Les notes de tête, qui s’expriment instantanément et sont évanescentes.

Les notes de coeur, qui se ressentent plusieurs heures.

Les notes de fond, qui persistent le plus longtemps.


En associant chaque temps d’un même parfum à une œuvre littéraire, cinématographique, picturale, ou musicale, le Journal d’un anosmique se propose d’appréhender la synesthésie de manière concrète.





L’histoire que raconte notre pyramide :

Partir de chez elle à l’heure du rendez-vous était une habitude, une signature. Indécise avant de se laisser glisser dans le ventre de Paris, elle semait son temps, retardait l’ultime instant où le claquement de la porte de son appartement ferait commencer la nuit. Assembler les motifs ensemble, réussir à se donner de l’allure, grimacer devant le miroir moucheté par le temps ; et finir toujours de la même façon ; décider de s’en foutre. Jolie quand même, le reste suivra. Sa marche est soutenue, essoufflée à peine, lorsqu’elle tourne dans la rue de Prague, elle revient sur ses pas. Elle a pourtant vérifié qu’il s’agissait bien du numéro 9 mais ne se tient devant elle qu’une large porte de bois ; pas d’enseigne ni de bruit. Pas de réponse lorsqu’elle leur téléphone, évidemment. Elle marche jusqu’au 11. Une musique la rattrape, demi-tour. La porte, ouverte maintenant, laisse filtrer de la lumière et ces paroles qu’elle distingue, I’m in love with your brother,qui l’aspire vers le numéro 9, What’s his name? I thought I’d come by to see him again. Devant, quelqu’un fume une cigarette. Elle s’approche. Une femme lumineuse, des formes prononcées dans une tenue pailletée. Une femme, qu’on dirait sculptée par Niki de Saint-Phalle. Abstraite dans sa beauté, un érotisme géométrique qui irradie la nuit. Elles s’observent. La femme reste là, dehors. Elle la frôle, et entre au 9. La musique sature l’espace de la cour de l’immeuble. Ouvrir la porte. Une foule. Des visages teintés. Une nuit de couleurs primaires, ces rythmes qui étourdissent. Les corps, les regards, les sourires obscurs ; des femmes lumières, des hommes ombres qui apparaissent puis s’éloignent, des hanches, la nuit qui se glisse dans les verres à cocktail posés sur un comptoir, elle avance entre ces égéries nocturnes. Les retrouver, dans cette mer esthétique. Elle progresse encore. En un mouvement, deux mains sur ses deux yeux. Quand elle retrouve la vue, devant, se découpe une silhouette qui l’observe, statique. Ce corps qui se détache dans le mouvement des autres. Derrière, ce parfum qu’elle connait. Le rythme qui les prend, à trois. L’opacité qui se trouble. Elle. Deux hommes androgynes. Elle. Ne plus comprendre de quel côté est la nuit. Et cette voix, encore  Does he know what I do? You pass this on, won’t you If I asked him once what would he say Is he willing, can he play?


Note de tête / Head Note >>> Pianococktail de L’Écume des jours, Boris Vian (adaptation cinématographique de Michel Gondry)



Note de cœur / Heart Note >>> « Pass this on », The Knife x Les Amours imaginaires, Xavier Dolan


Note de fond / Base Note >>> Silver Nana, Niki de Saint Phalle



Merci à Lola Nicolle, invitée du Journal pour cet article.

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